Nous constatons que la culture du bâti exige une approche globale dans le sens du développement durable.
Les conséquences du changement climatique et la perte de la biodiversité nous concernent tous et modifient la façon dont nous devons concevoir nos espaces de vie. Ensemble, nous devons faire face à ces défis et trouver des solutions. La construction sous toutes ses formes est l’une des expressions de notre culture. La culture du bâti comprend les constructions nouvelles, les mesures de préservation, l’entretien des édifices historiques et des monuments, les infrastructures ainsi que les espaces libres et les paysages. Une culture du bâti exigeante est synonyme de qualité dans un sens global, concernant tout autant l’aménagement que la durabilité et les aspects sociaux. Tel est l’esprit de la campagne.
L’accord de Paris sur le Climat engage pour la première fois tous les États à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre. Cela concerne tout spécialement le secteur du bâtiment, du moment qu’il est responsable d’à peu près ¼ des émissions de gaz à effet de serre en Suisse. De plus les statistiques des émissions de CO2eq de la Confédération ne font état que de 10,4Mio T de CO2eq pour le secteur du bâtiment mais dans les faits, la construction de bâtiment ou la fabrication de matériaux de construction génère des émissions de CO2eq indirectes de l’ordre de 11Mio de CO2eq supplémentaires, qui de plus sont en partie générées à l’étranger. La campagne montre comment l’objectif zéro émission nette peut être atteint dans le respect de la culture du bâti. Soit en se fondant sur une combinaison crédible et judicieuse de cohérence et d’efficience. À cet effet, nous recourons à des prémisses reconnues, nous développons des bases de données et présentons des calculs intelligibles.
Le secteur de la construction est le premier producteur de déchets en Suisse. Chaque année en Suisse 31’800’000 m3 de matériaux sont utilisé et parallèlement 8’870’000 M3 de matériaux de construction dont démolis. Pour vous donner une idée de la masse volumique que ces chiffres représentent, il faut s’imaginer qu’avec 8’870’000 m3 de matériaux il serait possible de construire chaque année un mur de 4m de haut qui fait le tour de la Suisse, donc 1935km. Une culture du bâti de qualité encourage l’économie circulaire et s’oriente sur le principe 5R: Refuse, Reduce, Reuse, Repair, Recycle. Moins de nouveaux projets, matériaux à longue durée de vie, constructions durables, réutilisation ou revalorisation d’éléments complets de construction, recyclage des matériaux et promotion des énergies renouvelables ; c’est seulement ainsi que l’on peut réduire notre consommation d’énergie et amorcer une nouvelle gestion des ressources disponibles et des valeurs existantes.
Les bâtiments dignes de protection ne doivent pas perdre leurs qualités patrimoniales par la réalisation de l’objectif zéro émission nette. Les possibilités d’intervention énergétique sur ces objets sont nombreuses et peuvent être orientées spécifiquement sur les objectifs climatiques. Ces bâtiments peuvent aussi s’y conformer grâce à une optimisation de leurs éléments constructifs qui respecte leur statut, grâce à une adaptation de leur utilisation et au recours aux énergies renouvelables. L’amélioration énergétique du parc immobilier qui a été encouragée par les lois, les prescriptions et les subventions au cours de ces 10 dernières années ont permis de réduire les émissions de CO2eq d’à peu près 40% par rapport à 1990. Le renvers de la médaille de ce phénomène est le manque fréquent de qualité architecturale de ces réalisations. Les bâtiments protégés sont une source d’inspiration pour le développement durable au quotidien. Ils méritent le respect et des solutions sur mesure. L’intégration avisée d’interventions nouvelles dans une architecture de qualité recèle un grand potentiel. Aujourd’hui, 75% des Suisses vivent en ville. La construction de nouveaux quartiers de maisons individuelles certes efficaces sur le plan énergétique entraîne d’une autre coté des nouveaux besoins en mobilité et prive la nature de son sol. De plus lorsque les bâtiments deviennent de plus en plus épais et lourds pour satisfaire les indices parfois très stricts des normes et conventions, la consommation de ressources et les émissions de CO2eq augmentent lors du processus de construction. Pour mettre fin à l’étalement urbain, les zones urbaines doivent être densifiées tout en préservant la biodiversité, et en offrant des espaces de vie de qualité, inclusifs, qui offrent une pluralité d’activités accessibles à tout le monde, des services répondant aux besoins quotidiens en suffisance, du confort et surtout une possibilité de créer le lien social.